Cluster Bio Auvergne-Rhône-Alpes

23 mai 2022

Nous organisions en partenariat avec le Synabio un atelier dédié à biodiversité le 10 mars dernier dans nos locaux de Valence.

Après un constat forcément alarmant sur l’état de la biodiversité actuel, les témoignages d’acteurs engagés et d’entreprises visaient à montrer les pistes et moyens d’agir pour préserver la biodiversité en tant que citoyen mais aussi en tant qu’entreprise.

La biodiversité en déclin, comment préserver la biodiversité ?

Qu’est-ce-que la biodiversité ?

La biodiversité désigne l’ensemble des êtres vivants ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils vivent et les interactions des espèces entre elles et avec leurs milieux. Bien que la biodiversité soit aussi ancienne que la vie sur Terre, ce concept n’est apparu que dans les années 1980. La Convention sur la diversité biologique signée lors du sommet de la Terre de Rio de Janeiro (1992) reconnaît pour la première fois l’importance de préserver la biodiversité pour l’ensemble de l’humanité.

Il existe plus de 8 millions d’espèces vivantes du plus grand, comme la Baleine Bleue ou le Baobab au plus petit, les bactéries. Il existe une interdépendance des espèces et des interactions en permanences.

A quoi sert la biodiversité ?

  • La biodiversité nourrit : il s’agit du besoin le plus vital
  • La biodiversité soigne : elle fournit une alimentation saine, de l’eau mais aussi les solutions pour guérir comme les médicaments
  • La biodiversité permet de se protéger des inondations, du changement climatique, de la pollution par exemple.

Vers une sixième extinction de masse ?

Dans le monde, le rythme actuel de disparition des espèces est 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel d’extinction. Certains scientifiques parlent même d’un processus en cours vers une sixième extinction de masse des espèces, la dernière en date étant celle des dinosaures, il y a 65 millions d’années. Mais la crise actuelle est beaucoup plus rapide et elle est quasi exclusivement liée aux activités humaines. Il devient urgent de préserver la biodiversité.

Quelques chiffres alarmants :

  • Plus d’un million d’espèces animales et végétales sont en danger d’extinction (sur 8 millions, dont 5,5 millions d’insectes) selon les estimations des spécialistes de l’IPBES.
  • 75 % des environnements terrestres « sévèrement altérés » par les activités humaines (40 % pour les environnements marins).
  • 85 %, au moins des milieux humides connus en 1700 avaient disparu en 1980. Les milieux humides (marécages, mangroves…) disparaissent trois fois plus vite que les forêts.

5 facteurs majeurs influent sur la biodiversité :

  • Changements d’usage des terres et de la mer
  • Surexploitation des ressources naturelles
  • Dérèglement climatique
  • Pollutions
  • Espèces exotiques envahissantes

Mais il y a des moyens d’agir sur ces facteurs en tant que citoyen et en tant qu’entreprise pour préserver la biodiversité !

Que constate la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) sur le terrain ?

30 % d’oiseaux en moins dans les espaces agricoles depuis 30 ans

Les oiseaux des milieux agricoles sont ceux qui ont subi le plus gros impact depuis 1989 de par les changements intervenus dans le secteur : 30 % d’oiseaux en moins dans les espaces agricoles depuis 30 ans.

Toutes les espèces des milieux agricoles sont concernées : fauvette grisette, linotte mélodieuse, perdrix rouge, alouette des champs, tourterelle des bois... et dans tous les types de milieux : grandes cultures, arboriculture, polyculture élevage...

Les oiseaux généralistes (merle noir, mésange charbonnière ou mésange bleue, la pie) que l’on trouve dans tous les types de milieux et dont la progression avait un peu contrebalancé la disparition des oiseaux spécialistes, n’augmentent plus depuis 2006, voire même ils déclinent depuis 2011.  D’après la liste rouge nationale (UICN /MNHN), une espèce animale sur trois est en danger de disparition.

La cause principale est l’intensification des pratiques agricoles

L’une des principales causes de ce déclin de la biodiversité est l’intensification des pratiques agricoles avec une consommation de pesticides toujours en hausse malgré les plans affichés (Ecophyto, …). Plus de pesticides, c’est moins d’insectes, donc moins de ressources alimentaires pour les oisillons, mais aussi moins de plantes sauvages et donc moins de graines qui sont une ressource nutritive majeure pour de nombreuses espèces.

La disparition des pollinisateurs, des graminées aboutit en bout de chaîne alimentaire à la disparition des insectes, et donc logiquement à celle des oiseaux et des oisillons qui s’en nourrissent.

Cette intensification des pratiques agricoles provoque une dégradation des habitats qui est elle-même responsable du déclin des espèces d’oiseaux spécialistes. On constate une augmentation de la taille des parcelles, la disparition des haies, une mécanisation accrue, de nouvelles variétés qui poussent plus vite et plus dense, l’utilisation d’herbicides et de pesticides qui éliminent les plantes sauvages et les insectes… Que les oiseaux se portent mal indique donc que c’est l’ensemble de la chaîne alimentaire qui se porte mal.

Quelles solutions pour protéger la biodiversité selon la LPO ?

L’agriculture n’est pas incompatible avec la sauvegarde de la biodiversité. Bien au contraire, intégrer la biodiversité dans sa ferme ou son exploitation constitue un atout.

Par exemple, aider au retour des prédateurs, des auxiliaires de culture pour favoriser la lutte biologique contre les ravageurs des cultures et les maladies, et ainsi limiter l’utilisation des pesticides. Mais pour obtenir un effet tangible, il faut changer les pratiques sur des surfaces considérables sinon les effets sont imperceptibles.

« Ce n’est pas un problème d’agriculteurs, mais de modèle agricole : si on veut enrayer le déclin de la biodiversité dans les campagnes, il faut en changer, avec les agriculteurs » Vincent Bretagnolle – CNRS

Pour encourager les pratiques vertueuses, il existe un programme national.

 

Comment les entreprises bio peuvent-elles se saisir du sujet de la biodiversité ?

L’exemple de l’engagement de l’entreprise Ecotone pour préserver la biodiversité

Bonneterre, Bjorg, Ater Eco sont des marques du groupe Ecotone. Le groupe a un engagement fort sur la biodiversité, dès le choix de son nom : Un écotone est une zone de transition écologique entre deux écosystèmes avec grande richesse en biodiversité. Le groupe a participé au groupe de travail du Synabio sur ce sujet et s’est engagé à plusieurs niveaux :

  • Choix de ses matières premières : traçabilité et critères Bio ++
  • Accompagnement des agriculteurs vers de meilleures pratiques agricoles
  • Promotion de la biodiversité auprès des consommateurs : pédagogie et transparence

Un projet spécifique est en place avec la coopérative COCEBI en Bourgogne pour développer l’agroécologie et les Infrastructures Agro Ecologiques (IAE). Après une évaluation de 4 fermes fin 2020 un plan de progrès a été mis en place avec 10 producteurs pour démontrer la faisabilité et les bénéfices pour les producteurs.

Le Synabio propose des indicateurs de biodiversité et une méthodologie pour préserver la biodiversité.

  • 18 indicateurs de progrès sont proposés par le Synabio pour aider les entreprises bio à améliorer leurs pratiques en matière de biodiversité.

Ces indicateurs se situent à toutes les étapes de la chaîne de valeur. Ils concernent, d’une part, les étapes de production des produits biologiques sur lesquels se concentre la majorité des impacts en matière de biodiversité et, d’autre part, les étapes de transformation et de distribution de ces produits.

Ces indicateurs s’adressent à toutes les entreprises bio souhaitant faire progresser leurs pratiques en matière de biodiversité. Ils ont été́ sélectionnés de manière à adresser les enjeux prioritaires pour le secteur de la bio. Nous invitons chaque entreprise à s’en saisir et à approfondir ce travail en identifiant les enjeux de biodiversité́ prioritaires en fonction de sa propre activité.

A ce jour, les indicateurs proposés sont adaptés à l’agriculture européenne mais pas forcément aux agricultures des pays tropicaux et donc des produits exotiques. Un complément sera très prochainement proposé.

→ Le guide est accessible ici.

 

La biodiversité n’est pas réservée qu’aux entreprises agroalimentaires

L’exemple de CONTINUUM et du partenariat avec la LPO

CONTINUUM est un club d’entreprises engagées dans une démarche volontaire pour faire évoluer la société dans ses pratiques environnementales et être vectrices de changement par l’exemple au travers d’actions concrètes en faveur de la biodiversité. Il s’agit d’entreprises de Drôme Ardèche mais l’association a vocation à s’étendre plus largement.

L’association représente 28 adhérents début 2022 et environ 6500 collaborateurs.

Les entreprises de CONTINUUM agissent collectivement mais aussi individuellement, avec la LPO Drôme, pour sauvegarder la nature autour de leurs sites et en lien avec leurs activités.

3 axes pour les actions collectives pour préserver la biodiversité :
  • Espèces menacées : action découverte et soutien à des projets de sauvegarde
  • Agriculture et biodiversité : accompagner les agriculteurs volontaires dans des projets de plantations de haies, de mares et de construction/pose de nichoirs.
  • Soutenir la création de refuges de biodiversité avec les communes volontaires
4 axes pour les actions individuelles et des parrainages :
  • Améliorer le cadre de vie de l’entreprise et en faire un refuge pour la biodiversité
  • Intégrer la biodiversité dans la démarche environnementale de l’entreprise
  • Soutenir par le mécénat des actions en faveur de la nature
  • Sensibiliser, former et mobiliser les collaborateurs
  • Parrainer une espèce et devenir ambassadeur de la biodiversité.

Témoignage de l’entreprise Matériaux Naturels, membre de CONTINUUM

L’entreprise propose des matériaux naturels et écologiques pour la construction, ces clients sont principalement des personnes réalisant de l’auto-construction. Suite à son déménagement et à la construction d’un nouveau site, différentes actions ont été pensées et mises en place pour préserver la biodiversité :

  • Installation de deux réserves d’eau, plantation d’arbustes fruitiers et de plans potagers.
  • Création d’une mare
  • Installation de mangeoires et nichoirs à oiseaux
  • Installation de deux gîtes à chauves-souris
  • Création d’une haie sèche et plusieurs haies champêtres

Marithé Castaing Marithé Castaing

Chargée de développement


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