À quoi ressemblera le panier bio de 2040 ?
Réunis à Valence le 4 juin dernier à l’occasion des BiO N’Days, 150 acteurs de la filière biologique ont échangé sur les perspectives du secteur. Entre pouvoir d’achat, soutien politique, transition écologique et repositionnement commercial, les débats ont mis en lumière les défis qui façonneront le bio de demain.
Dans un contexte de marché encore fragile, la dernière édition des BiO N’ Days a rassemblé à Valence près de 150 professionnels de la filière, dont une vingtaine de distributeurs nationaux et régionaux. L'objectif : décrypter les tendances à venir et identifier les leviers capables de redonner une dynamique durable à la consommation de produits biologiques.
Quatre futurs possibles pour la bio
Le cabinet Ceresco a ouvert les échanges avec la présentation de son étude prospective « Bio Horizon 2040 ». Quatre scénarios y sont envisagés, allant d'une bio marginalisée dans un marché dominé par d'autres modèles alimentaires à une bio devenue prédominante au sein du système agricole et alimentaire français.
Pour les participants, le premier déterminant de l'avenir du marché reste sans surprise le pouvoir d'achat. Noté 7,2 sur 10, l'écart de prix entre produits biologiques et conventionnels apparaît comme le principal facteur d'influence sur les ventes.
Viennent ensuite le soutien des pouvoirs publics (7/10), la sensibilité croissante aux enjeux environnementaux et à la qualité de l'eau (6,9/10), ainsi que la confiance accordée aux labels et à l'origine des produits (6,6/10).
Le bio en quête d'un nouvel élan politique
Face à un marché qui peine à dépasser les 6 % de parts de marché, la Maison de la Bio a rappelé l'importance du travail de plaidoyer auprès des décideurs publics. L'enjeu est désormais de faire émerger davantage le bio dans le débat public en démontrant sa contribution à plusieurs priorités nationales : souveraineté alimentaire, protection de l'environnement, santé publique et résilience des territoires.
Parmi les pistes avancées figurent une meilleure valorisation des coûts cachés de l'agriculture conventionnelle, le renforcement du lien entre alimentation biologique et santé, ainsi que des mesures favorisant l'accessibilité des produits bio au plus grand nombre.
Les participants ont identifié plusieurs actions prioritaires. En tête figurent l'application pleine et entière des objectifs de la loi Egalim dans la restauration collective et le renforcement des dispositifs de soutien aux PME de la filière, toutes deux notées 7,6 sur 10. La mise en place d'un Nutri-Score intégrant l'ultra-transformation et une baisse de la TVA sur les produits biologiques recueillent également un fort niveau d'adhésion.
En grande distribution, une reprise encore fragile
Autre temps fort de la journée : l'intervention de Circana sur l'évolution du marché bio en grande distribution. Après quelques signaux encourageants observés fin 2025, la reprise demeure très limitée. La baisse des ventes se poursuit tandis que les enseignes rationalisent leurs assortiments. Résultat : le marché se concentre autour des marques nationales et des marques de distributeurs.
Cette évolution est particulièrement visible dans les chiffres. Alors qu'il fallait 180 marques pour générer 80 % du chiffre d'affaires bio en 2021, seules 112 suffisent désormais à atteindre ce niveau en avril 2026.
Selon Emily Mayer, les fortes hausses de prix observées sur le café et le cacao expliquent à elles seules près de 72 % de la croissance du chiffre d'affaires enregistrée sur cette période. On note également que les circuits bio spécialisés, ont su adapter leur modèle pour mieux répondre aux consommateurs engagés sur la question de l’offre et des prix enregistrent une croissance constante depuis 2 ans.
Le bio doit-il mieux s’adapter aux tendances de consommation ?
Au-delà des chiffres, une question centrale a animé les débats : comment continuer à développer la consommation biologique dans un environnement fortement concurrentiel ?
Pour 46 % des participants, le bio doit adopter les codes commerciaux du marché tout en préservant sa singularité. Visibilité en rayon, désirabilité des marques, communication et innovation apparaissent comme des leviers incontournables.
L'exemple de certaines marques premium récemment lancées par des influenceurs illustre d'ailleurs la capacité du marché à créer de la valeur lorsqu'une proposition forte rencontre les attentes des consommateurs.
Circana identifie ainsi quatre trajectoires possibles pour l'avenir de la filière : un bio refuge réservé à une niche militante, un bio progressivement dilué dans les autres promesses de consommation, un bio réduit à une simple bataille de prix ou, à l'inverse, un bio devenu le socle d'un nouveau système alimentaire.
Le scénario d'une transition agricole réussie
Les travaux présentés par Solagro autour des scénarios Afterres 2050 ont permis d'élargir la réflexion à l'échelle des grands équilibres agricoles et environnementaux. L'approche repose sur un double objectif : respecter les limites écologiques de la planète tout en garantissant les conditions d'une vie sociale soutenable.
Pour y parvenir, plusieurs leviers sont identifiés : évolution des régimes alimentaires avec une consommation réduite de viande, développement des légumineuses, progression de l'agriculture biologique, montée en puissance des systèmes d'élevage extensifs, préservation des sols, développement des forêts mixtes et renforcement de la souveraineté alimentaire.
La synthèse graphique des conférences
🔎 Cliquez sur l’image pour zoomer.
Bravo à S’AVE !
Lauréat du Prix de l’Innovation BiO N’Days 2026, parrainé par Simon Le Fur d’Aventure Bio !
Récompensée pour son engagement, sa contribution à la transition écologique, sa réponse aux attentes des consommateurs et la qualité gustative de ses produits, l’entreprise a su convaincre le jury !
Une filière à un tournant
Les échanges de cette édition 2026 des BiO N’ Days confirment que l'agriculture biologique se trouve aujourd'hui à un moment charnière de son développement. Si les enjeux économiques demeurent déterminants, la filière bénéficie d'atouts qui résonnent fortement avec les attentes sociétales : santé, environnement, qualité de l'eau, souveraineté alimentaire et résilience des territoires.
La question n'est plus seulement de savoir comment produire en bio, mais comment rendre le bio à la fois accessible, désirable et incontournable dans les choix alimentaires des Français à l'horizon 2040.