Un potentiel régional au service des filières bio
Drèches, tourteaux, écarts de tri, pâtes déclassées… Dans la chaîne de transformation bio, chaque atelier génère des matières secondaires. En Auvergne-Rhône-Alpes, région qui concentre l'un des plus importants écosystèmes bio de France avec près de 800 transformateurs certifiés, ces co-produits représentent un flux économique considérable, encore largement sous-valorisé.
Longtemps traités comme une contrainte logistique, les co-produits sont aujourd'hui au cœur d'une réflexion stratégique pour la filière bio régionale. Leur valorisation soulève des enjeux à la fois économiques : améliorer les marges des transformateurs et environnementaux, réduire les pertes et renforcer la circularité des flux.
En circuit bio, la valorisation des co-produits est d’autant plus justifiée pour plusieurs raisons :
- La logique de l'économie circulaire représente pour les entreprises bio une question de cohérence globale
- Grâce à un enrichissement en fibres, protéines, vitamines ou minéraux, ou en réduisant les quantités de sucres, le recours aux ingrédients issus de co-produits permet d’optimiser la qualité nutritionnelle de produits alimentaires. Ces alternatives sont intéressantes dans un contexte ou le coût des matières premières bio est souvent plus élevé.
- Par ailleurs le règlement européen 2018/848 sur le bio interdit certains additifs alimentaires qui peuvent être remplacés par des substituts naturels élaborés à base de co-produits garantissant les mêmes propriétés.
➤ Les arguments en faveur de nouvelles valorisations de co-produits ne manquent pas.
Des co-produits de toute nature, des usages multiples
Les co-produits bio générés par les transformateurs bio sont de deux sources :
- Co-produits issus des industries de première transformation : tourteaux, sons, remoulages¹ issues de silos, farines déclassées, co-produits issus de la transformation de fruits et légumes bio, de plantes, co-produits animaux…
- Co-produits de seconde transformation : pâtes déclassées, brisures de biscuits, sirop...
Une autre grille de lecture distingue aussi les co-produits structurels réguliers (les tourteaux, les sons) générés systématiquement à chaque cycle de production, avec des volumes stables et des filières de valorisation établies ; des co-produits plus accidentels qui dépendent de surplus conjoncturels, d'aléas climatiques, de décisions de tri ponctuelles ; pas d'un procédé industriel qui les produit mécaniquement à chaque cycle.
Leurs débouchés sont tout aussi variés : alimentation animale (volailles, porcs, ruminants), amendements organiques,méthanisation, ou encore revalorisation en ingrédients pour l'alimentation humaine ou pour la cosmétique. C'est précisément cette diversité qui rend la mise en relation complexe et qui justifie un outillage collectif.
L'alimentation animale bio, premier
débouché des co-produits régionaux
Parmi les filières consommatrices de co-produits, l'alimentation animale bio occupe une place centrale. Les fabricants d'aliments composés bio sont en effet de gros utilisateurs de tourteaux, sons et autres matières riches en protéines ou en énergie, dans un contexte où l'autonomie protéique est un enjeu structurant du cahier des charges bio².
Plusieurs adhérents du Cluster Bio Auvergne-Rhône-Alpes sont positionnés sur ce segment, et font figure de références en région : Cizeron Bio (Loire), le Moulin Marion (Ain), le Moulin de l'Épie (Cantal), intègrent tous trois des co-produits bio régionaux dans leurs formulations, avec des approches complémentaires en termes de gammes, de circuits d'approvisionnement et de zones de chalandise. Acteurs de longue date sur ces marchés, ils contribuent à structurer une demande locale régulière, condition indispensable à la montée en puissance des gisements régionaux.
« On cherche de la régularité. Si un co-produit est rentable nutritionnellement et disponible à proximité, on est preneurs - le coût du transport, c'est souvent ce qui fait basculer la décision. » - Cizeron Bio
« Ce qui compte pour nous, c'est de maitriser la qualité, le suivi et l'origine des coproduits ainsi que leur valorisation. Pour garantir cela, nous travaillons sous certification bio et RCNA et privilégions les approvisionnements en interne (Moulin Marion) ainsi que les partenaires locaux avec qui nous travaillons en relation de confiance. Un coproduit, s'intègre dans nos formules lorsqu’il est fiable en composition et disponibilité ce dans la durée. » - Moulin Marion
Leur point commun : une approche rigoureuse de la valeur nutritionnelle des co-produits (analyse chimique systématique, référentiel GMP+³), une exigence de certification bio sur chaque lot, et une préférence marquée pour les approvisionnements directs avec des partenaires connus - huiliers, meuniers, transformateurs de la région
Le défi de la mise en relation : trouver la bonne matière, au bon moment, au bon prix
Malgré un potentiel avéré, les échanges de co-produits bio restent largement informels. Les fabricants d'aliments s'approvisionnent souvent via des contacts personnels, construits au fil des années. Les générateurs de co-produits, de leur côté, peinent parfois à identifier des débouchés valorisants, faute de visibilité sur la demande.
Plusieurs freins reviennent régulièrement :
- L'irrégularité des volumes : les co-produits "accidentels" (écarts de fabrication, invendus ponctuels) sont difficiles à intégrer dans des formulations qui exigent de la constance
- Le manque de traçabilité accessible : certification, analyses, conditions de stockage - les acheteurs ont besoin d'informations fiables avant tout engagement
- La logistique : au-delà d'un certain rayon, le coût du transport annule l'intérêt économique du co-produit, même de qualité
Des outils pour fluidifier les échanges
Face à ces enjeux, le Cluster Bio Auvergne-Rhône-Alpes a développé deux outils accessibles via votre espace adhérent du Cluster⁴:
Une fiche technique « Valorisation des Co-produits issus des entreprises de transformation biologiques par où commencer ? » Désormais disponible pour tous les adhérents. Elle synthétise les principaux types de co-produits rencontrés chez les adhérents du Cluster, les points de vigilance, les acteurs ressources. Un outil concret pour démarrer une réflexion sur la valorisation des co-produits bio.
Une cartographie interactive des gisements et utilisateurs de co-produits bio en région Auvergne-Rhône-Alpes, accessible depuis l'espace membres. Elle permet de visualiser en un coup d'œil les générateurs de co-produits (par type de matière) et les entreprises qui en recherchent, à l'échelle régionale. Un point de départ pour identifier des opportunités de mise en relation de proximité.
Et demain ? Structurer des filières co-produits durables
La dynamique est lancée, mais plusieurs leviers restent à activer pour aller plus loin :
- Sécuriser des flux réguliers entre transformateurs et utilisateurs, via des contrats ou des engagements de moyen terme
- Faire connaître les gisements émergents : brasseries, fromageries, conserveries - autant d'ateliers qui génèrent des co-produits encore peu valorisés en circuit bio
Maltivor le pionnier des ingrédients durables
L’entreprise a fait de son cœur de métier la valorisation de co-produits céréaliers (drêches de brasserie) transformées en farines et ingrédients pour l’alimentation humaine. Son modèle repose sur la mise au point d’un process de caractérisation et de standardisation fiabilisant la nature d'un co-produit mais aussi sur un système logistique imaginé pour garantir un approvisionnement régulier.
Sa réussite démontre qu'il peut exister en région des débouchés structurés et professionnalisés à condition de garantir volumes, qualité et régularité de ces matières premières.
- Accompagner les petits volumes ou les co-produits accidentels : par exemple un tourteau de cameline à 3 ou 4 tonnes intéresse mais en local, et sur des besoins spécifiques - c'est précisément là que la mise en réseau fait la différence
Les co-produits bio régionaux ne sont pas un marché de niche : ils sont une composante à part entière de l'économie bio d'Auvergne-Rhône-Alpes. Mieux les valoriser, c'est renforcer l'ensemble de la chaîne des producteurs de matières premières jusqu'aux éleveurs qui nourrissent leurs animaux en bio, jusqu’aux consommateurs finaux avec les ingrédients fonctionnels ou la cosmétique.
Vous êtes générateur ou utilisateur de co-produits bio ? Contactez le Cluster pour figurer sur la cartographie ou contribuer à enrichir la fiche technique.
Sources : entretiens adhérents Cluster Bio, données internes 2026.