Sucess Story : Terre adélice et Douceur Cerise
Economie circulaire, sécurité des approvisionnements, « super ingrédients » … Les différentes valorisations des co-produits représentent des solutions innovantes pour répondre aux enjeux écologiques et nutritionnels actuels. Les transformateurs bio, qui se démarquent par une recherche de cohérence écologique, d’innovation sur les ingrédients mais aussi par leur appartenance à des réseaux forts de coopération détiennent dans ce domaine une longueur d’avance !
Focus sur la success story d’une collaboration entre deux entreprises adhérentes du Cluster Bio, l’entreprise de transformation glacière Terre adélice et les cosmétiques Douceur Cerise.
Comment votre entreprise intègre le sujet des co-produits dans son activité ?
Emma Caschetta Responsable achats, membre du comité RSE et en charge des « achats responsables » chez Terre adélice.
E.C : Chez Terre adélice nous travaillons de manière artisanale et procédons-nous même à la transformation des fruits en purées, des infusions de plantes fraîches… Par conséquent nous avons toujours eu beaucoup de résidus de toutes sortes. Notre implantation au cœur de la vallée de l’Eyrieux nous a permis d’être connectée avec le tissu des nombreux producteurs locaux et c’est assez naturellement qu’ils nous ont demandé de récupérer cette matière pour en faire du compost.
Mais cette collaboration spontanée s’est arrêtée et nos co-produits sont partis à la déchetterie… C’est alors qu’on a démarré notre réflexion sur les co-produits car c’était impensable pour notre entreprise d’envoyer toute cette matière à la poubelle. Cela a coïncidé avec un intérêt grandissant pour les co-produits de la part des entreprises de cosmétiques puis des rencontres via le réseau bio et notamment le Cluster Bio.
En interne, j’ai initié à mon poste aux achats une vraie réflexion pour professionnaliser ce traitement des co-produits et je suis à ce titre soutenue à 100% par ma direction. Mais en réalité tout le monde se sent concernée, c’est dans l’ADN de l’entreprise. Par exemple dans l’équipe de transformation des fruits ils appellent directement les producteurs/entreprises de cosmétiques pour savoir si certains co-produits peuvent les intéresser à la suite de la transformation des fruits/plantes.
Brigitte Magnat (gérante), Douceur Cerise - B.M : en fait notre entreprise travaille des coproduits depuis toujours (comme des queues de cerise pour la phytothérapie) sans les nommer. Notre volonté c’est d’avoir des matières premières locales bio et de qualité, il n’y avait pas cette notion de co-produit au départ. Avant je parlais de déchets, et aujourd’hui je parle de co-produits. Ma connaissance du sujet s’est affinée et aujourd’hui je peux le dire je suis une « fan » incontestable de co-produits !
Comment le partenariat entre Terre Adélice et Douceur Cerise a été initié ?
B.M : je cherchais à développer mes cosmétiques avec des matières premières locales mais il n’y avait pas grand-chose en bio – à part une gamme d’huiles classiques comme le chanvre – alors que je cherchais une huile précieuse… Comme je travaillais déjà la queue de cerise avec des producteurs de confiture du Vercors je me suis dit « pourquoi pas l’huile de noyau de cerise ? » En 2018, j’ai été mise en relation par le Cluster Bio avec l’entreprise Terre Adélice. On a commencé à réfléchir ensemble sur les types de déchets disponibles et les process que je pouvais mettre en œuvre pour les valoriser. De fil en aiguilles (et après quelques tests ratés !) j’ai dévié du noyau de cerise et nous sommes allés vers d’autres co-produits : je valorise aujourd’hui les noyaux d’abricots et les akènes de framboises issus de leurs lignes de production. Avec ces matières premières je produis des huiles précieuses que j’utilise prioritairement en cosmétique et le « trop plein » est proposé en huile végétale brute.
Quels obstacles avez-vous dû surmonter ?
E.C : Ces collaborations nous ont poussé à structurer la gestion en interne de nos co-produits. On ne met plus les « seaux » de co-produits à la fin de la chaîne en attendant qu’un producteur vienne les prendre. On a réalisé un travail sur la traçabilité des co-produits : on étiquette les seaux, on les déclare dans notre ERP (Enterprise resource planning) lors de la production, ce qui nous permet d’éditer si besoin des bons de livraison, des factures pour en assurer la traçabilité et pouvoir les valoriser derrière dans des produits bio, on peut envoyer des palettes… L’enjeu c’est de traiter le co-produit comme un produit classique dans nos processus de fabrication.
B.M : ça a été long, et il y a eu pas mal d’expérience ratées. Il a fallu trouver un partenariat avec des agriculteurs et transformateurs du coin pour casser les noyaux, pour extraire l’huile… Globalement il faut s’adapter à chaque nouveau co-produit. On récupère la matière brute et on effectue les opérations de séchage / cassage / broyage / filtrage/ mise en flacon/ et bien sûr les adaptations a des développement de cosmétique. Pour soutenir notre démarche nous avons bénéficié du programme BIO'Innov porté par le Cluster Bio ce qui nous a permis d'étudier la faisabilité de notre projet d'huiles à partir de coproduits.
Bilan et perspectives pour votre partenariat ?
E.C : nous sommes satisfaits de cette expérience pleine de sens et nous mettons nos co-produits de côté pour Douceur Cerise mais aussi pour d’autres partenaires adhérents au Cluster Bio comme Andromée ! Nous sommes prêts à nous lancer sur de nouvelles collaborations selon les opportunités car nous cherchons toujours à revaloriser entre autres nos écorces d’agrumes et nos plantes infusées dans le lait.
B.M : le bilan est très positif car aujourd'hui nous bénéficions d'huiles précieuses très appréciées. J’aimerais refaire un essai avec le cassis mais aussi les graines de fraises…. Et je suis toujours preneuse sur la cerise !
Menez-vous un travail avec d’autres acteurs/ d’autres filières sur les co-produits ?
E.C : On a pas mal de demande en alimentaire et en cosmétique notamment pour les akènes et les noyaux. C’est un sujet « en vogue » et nous le sentons.
Comme nous n’avons que peu de possibilité de stockage en froid, nous recherchons des partenaires situés localement pour qu’ils viennent récupérer rapidement nos co-produits. En outre, même si nous travaillons un peu avec des matières congelées, nous avons aussi une problématique de saisonnalité c’est-à-dire que nous avons beaucoup plus de co-produits en saison donc il faut que nos partenaires aient de la flexibilité dans leurs approvisionnements au cours de l’année.
Donc oui, en prenant en compte ces contraintes, nous travaillons avec pas mal d’acteurs et nous sommes en perpétuelle recherche de partenariat par exemple nous avons eu des échanges cette année pour une valorisation de nos co-produits en huile essentielles.
Nos coproduits sont valorisés selon la répartition suivante : environ 50% part en cosmétique et industrie agroalimentaire bio – nous avons aussi la Distillerie bio pour environ 10% et le surplus part dans un élevage porcin local (environ 40%). Ensuite à la marge nous faisons un peu d’upcycling sur certains co-produits que nous repassons dans nos recettes en interne.
Comment reliez-vous les enjeux du bio et des co-produits ?
E.C : Comme nous sommes 100% bio c’est cohérent pour nous de valoriser nos biodéchets via des entreprises bio, nos partenaires le savent et nous contactent pour cela aussi. Pour les entreprises de cosmétiques et agroalimentaires bio, il est impératif d’utiliser des matières première bio mais nous discutons également pour des potentielles valorisation de co-produits pour la production d’Ecocup ou de bougies et dans ces cas le co-produit bio n’est pas valorisé en tant que tel.
B.M : c’est sûr que le bio crée une contrainte complémentaire d’approvisionnement ! Je ressens depuis quelques années une difficulté à s’approvisionner localement et une tension sur les prix car les matières premières sont chères. Les entreprises se tournent de plus en plus vers les co-produits et cela va continuer car c’est une source de richesses extraordinaire.
Pour en savoir plus sur ces entreprises :
- Terre Adélice : https://www.terre-adelice.eu/
- Douceur Cerise : https://douceur-cerise.com/
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