Raisins secs, figues séchées, fruits au sirop, gluten, sucre de betterave, oignons frits, concentré de tomate… Au fil de nos échanges avec les transformateurs, le Cluster Bio Auvergne-Rhône-Alpes a identifié une série d’ingrédients bio particulièrement complexes à approvisionner en « Origine France ». 

Pour comprendre ce qui bloque et surtout comment débloquer ces filières, nous les avons passées au crible. 

Des blocages aux causes très diverses 

Premier constat : toutes les pénuries ne se valent pas. Derrière chaque ingrédient manquant se cache une réalité industrielle, agricole ou économique différente : 

  • Les verrous climatiques et de coûts : certains produits, comme les raisins secs ou les figues séchées, nécessitent un séchage très énergivore et une main-d’œuvre importante. Des pays du sud ont des conditions climatiques plus favorables au séchage. 
None
  • Le maillon industriel manquant : la matière première est bien là, mais pas l'outil de première transformation. La France produit des oignons ou du blé bio en quantité, mais la friture industrielle ou une ligne de séchage/extraction de gluten certifiée bio font défaut. 

  • Les filières existantes mais peu visibles : le coulis de tomate, l’orge perlé ou les protéines végétales texturées (PVT) sont déjà produits sur le territoire national, mais ils souffrent d'un déficit de visibilité face à des filières d'importation historiques très structurées, mais aussi à des prix souvent plus élevés.  

  • Les contraintes économiques : Le coût reste un frein majeur. De plus, au regard des volumes bio, il est souvent difficile et onéreux de dédier une ligne de production spécifique, à l'image du sucre de betterave ou du gluten. 

Le serpent qui se mord la queue… mais des opportunités qui émergent ? 

Deuxième constat : ces freins s'alimentent mutuellement. Sans outil de transformation adapté, les agriculteurs n'ont aucun débouché sécurisé pour s'engager dans ces cultures. Mais sans volumes engagés et garantis par les transformateurs, les industriels refusent d'investir dans ces nouveaux équipements.  C'est le serpent qui se mord la queue. 

Pourtant, le contexte évolue rapidement et redistribue les cartes :

  • Le changement climatique comme opportunité ? L’évolution des températures et l’allongement des périodes estivales en France pourraient rendre envisageables des cultures autrefois réservées au Sud, et des activités de séchage. 
  • Les enjeux énergétiques et de souveraineté :la hausse des coûts de transport et la recherche d'autonomie industrielle poussent à revoir les modèles de séchage et de transformation. 
  • Une attente marché renforcée : la relocalisation devient un argument clé de réassurance face aux incertitudes géopolitiques et climatiques mondiales. 

La réalité économique : volonté de relocaliser vs arbitrage des prix 


Si la volonté de faire de l'« Origine France » sur tous les ingrédients est vivement exprimée par les transformateurs, elle se heurte immédiatement à la réalité des coûts, un défi majeur qui touche d'ailleurs aussi bien le secteur bio que le conventionnel. 

None

Produire ou transformer en France certains ingrédients spécifiques implique souvent un surcoût conséquent face aux ingrédients d'importation de pays spécialisés. Cela soulève des arbitrages complexes pour l'ensemble des acteurs : 

  • L'impact selon la recette : pour un ingrédient principal, l'effort financier s'envisage. Mais pour des ingrédients secondaires ou minoritaires dans la formule (un soupçon de gluten, quelques raisins secs, …), les entreprises agroalimentaires s’interrogent souvent sur l’effort financier par rapport à la valorisation qui peut être faite aux consommateurs ? 
  • L'engagement de la filière : quels transformateurs et distributeurs sont réellement prêts à s'engager sur des contrats pluriannuels pour soutenir la structuration d'outils français ? 
  • Le consentement à payer du consommateur : en bout de chaîne, le consommateur est-il prêt à régler ce différentiel de prix ? On le sait, c’est au final le consommateur qui décide ! 

Pour avancer sur ces relocalisations de ces ingrédients, il apparaît indispensable de travailler en véritable logique de filière, avec des engagements réciproques à chaque maillon, tout en sensibilisant et en communiquant de façon transparente auprès du consommateur sur la valeur réelle de l'Origine France. 

N’oublions pas qu’au-delà de ces ingrédients très spécifiques, la majorité des matières premières peuvent être sourcées en France, et qu’une large partie des produits bio sont origine France grâce aux filières structurées depuis plusieurs années. 

None
Adhérents 
Retrouvez l'analyse complète des ingrédients bio transformés manquants, ingrédient par ingrédient, dans votre espace réservé.