Les productions agricoles, directement impactées

De nombreuses difficultés liées aux productions nous ont été remontées.

En viande, le repli du consommateur au début du confinement sur des produits de base a fortement privilégié le steak haché au détriment des pièces nobles. De vives inquiétudes subsistent vis-à-vis de l’équilibre matière des carcasses et contribuent à tendre les relations avec les metteurs en marché.

En lait, la crise sanitaire est survenue en plein pic de production saisonnier, dans un contexte où les sites de transformation étaient soit à l’arrêt, soit perturbés par la réorientation des marchés. Le lait bio s’en sort toutefois mieux que le conventionnel. Le consommateur a en effet privilégié les produits de base (lait, crème, beurre) certifiés bio.

À l’inverse, les produits sous signes de qualité (AOP…) traversent une crise sans précédent. Le vin n’a pas échappé à la crise sanitaire. Les débouchés à l’export, qui occupent une place très importante dans l’économie de la filière, étaient déjà en difficulté avant la crise. Avec le confinement, l’arrêt des ventes en caveaux et la fermeture de certaines frontières, c’est tout un secteur qui se trouve fragilisé.

En fruits et légumes, la crise sanitaire est intervenue entre deux saisons, synonyme de baisse des volumes. Les difficultés de main d’œuvre pour récolter les productions ont particulièrement été médiatisés. Les tensions sur les approvisionnements France ont particulièrement été vives amenant par endroit des prix élevés sur des produits phares (fraises, asperges).

Avec l’arrêt de la RHD, l’économie des filières menacée

Le confinement de l’ensemble de la population française a induit l’arrêt d’activités intimement liées à l’économie des filières agricoles : café, restaurants, mais également l’ensemble des circuits relevant de la Restauration Hors Domicile. Même si certains d’entre eux ont toutefois réussi à fonctionner pendant le confinement en adaptant leurs activités, seulement 20% des commandes ont persisté durant cette période par rapport à une année normale. Perte de revenus pour les entreprises, problème de stockage et de conservation des denrées agricoles et alimentaires, baisse d’activité dans les usines de transformation agroalimentaire… Les conséquences de l’arrêt de la RHD sont nombreuses.

Des tensions sur l’approvisionnement qui entraînent des ruptures

Face aux changements de consommation, la distribution a dû faire face à des ruptures fréquentes sur certains produits et les transformateurs ont été confrontés à des difficultés d’approvisionnement. Face à ces situations, les distributeurs ont recherché de nouveaux fournisseurs et se sont souvent rapprochées d’entreprises et producteurs locaux. Quant aux transformateurs, ceux qui avaient des filières d’approvisionnement structurées et contractualisées avec les producteurs ont connu moins de difficultés. Notons que ces tensions sur l’approvisionnement ont été exacerbées par les difficultés rencontrées par le secteur du transport routier.

Face à l’évolution du marché, il a fallu s’adapter

Pour les entreprises qui le pouvaient, il a fallu réorganiser les outils de production pour s’adapter à la demande. Ainsi, les meuneries ont renforcé la production de farine en petits volumes pour la distribution, ce qui a induit des difficultés pour s’approvisionner en emballages par la suite. Par ailleurs, d’autres entreprises ont mobilisé leurs outils de production pour fabriquer du gel hydroalcoolique ou des masques, à l’instar de certaines caves coopératives.


Les entreprises d'Auvergne-Rhône-Alpes relèvent leurs manches !

En phase avec leurs valeurs humaines, les entreprises bio régionales ont montré qu'elles étaient dynamiques et innovantes. 

« La crise sanitaire du covid-19 n’a rien changé dans ma vie, dans ma façon de travailler la vigne. Je vis cette période comme une maladie de la vigne, sans traitement curatif connu. En revanche, mes bouteilles certifiées bio sont vendues dans 3 magasins : deux GMS de proximité et un magasin de producteurs. Depuis début mai, dans une de ces GMS, le rayon où sont proposées mes bouteilles est presque vide. La consommation semble redémarrer, en tout cas, la demande est au rendez-vous ! Je suis confiant pour la récolte 2020. L’année se présente bien même si on va avoir besoin d’un peu d’eau d’ici fin juillet pour finir la maturité. »

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André Eltschinger, viticulteur certifié bio et vice-président Cave coopérative des Vignerons des Pierres Dorées

« L’atelier de découpe Séléviandes est une filiale du groupe Feder. Séléviandes propose aux éleveurs de découper leurs bovins et ovins selon leurs souhaits et de leur livrer en caissettes. Filière structurée et fonctionnelle, Séléviandes a connu comme bon nombre de PME quelques difficultés du fait du confinement, dont une baisse d’effectifs. Pourtant, l’activité de l’atelier est restée dynamique sur cette même période, portée entre autres par une forte demande de produits locaux.

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Les difficultés pour faire fonctionner cet outil et ainsi répondre aux demandes ont pu être levées grâce aux salariés présents, volontaires et disposés à travailler davantage, pour répondre aux besoins des éleveurs ! Par ailleurs, la coopérative Feder a fait don de son stock de plus de 400 blouses de vêlage au CHU de Bourges. »

Camille Sonet, référente Agriculture Biologique
Groupe FEDER

Le Relais local est une plateforme de distribution lyonnaise crée en 2016 par Thomas Vivier Merle situé sur le site de marché de gros de Corbas. Il se veut être le relais entre producteurs, magasins et restaurateurs de produits bio et locaux livrés en A pour B, autrement dit J+1.

Il a dû faire face à un doublement de l’activité avec des effectifs réduits : stock tampon, heure supplémentaire, livraison des magasins en voiture et recours au système D. Sur les catégories de produits les plus en rupture comme la farine (x15) ou les œufs, un produit pouvait rester moins d’une heure à l’entrepôt.

D’autres difficultés étaient présentes liées à l’intersaison : en effet, sur la période de mars et avril, ensoleillée qui plus est, peu de fruits et légumes sont disponibles. L’écosystème bio qui se veut résilient et pérenne, a su démontrer sa force, sa fiabilité et son professionnalisme dans cette période.

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Thomas Vivier Merle, dirigeant fondateur Le Relais local


Article réalisé par Thibault PÉCLET de La Coopération Agricole Auvergne-Rhône-Alpes & Bastien BOISSONNIER, Cluster Bio.
Interviews menées par Thibault PÉCLET, Adrien PETIT & Lauriane LUBERT.

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Article issu des Échos du Bio, le magazine trimestriel dédié aux acteurs régionaux impliqués dans l'agriculture biologique.

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