Filière fruits bio : entre baisse de la consommation et besoins des transformateurs locaux

Une baisse de la consommation de fruits générale qui impact plus fortement le bio

Après une forte croissance de la demande en fruits bio ces 10 dernières années, on observe une baisse des achats de fruits et légumes bio depuis 2021 (-10% en CAM à 09/23 vs n-1 en volume, selon Interfel) qui s’explique par une diminution de la taille de la clientèle et une baisse des fréquences d’achat. Ce recul est principalement observé dans les EDMP (-26% CAM 09/23 vs n-1 en volume) et les Proxis ; la vente directe, les magasins bio (-7%) et les marchés sont moins impactés. Cela se traduit par une offre excédentaire de fruits bio français par rapport à la demande.

De manière générale, Interfel évalue à -4,6% la baisse de la consommation de fruits et légumes frais conventionnels et bio en 2022. Si cette baisse impacte plus fortement le bio, il a pourtant été fréquemment constaté en 2023 des prix de fruits et légumes bio au même prix qu’en conventionnel voir à un prix inférieur, notamment en magasin bio. Certains fruits ont clairement une offre plus grande que la demande. 

None

Évolution des achats des ménages en volume (source : Interfel)

Les fruits bio continuent à croire en magasin bio et soutiennent l’activité

Le rayon fruits et légumes s’est positionné comme le rayon incontournable en magasin bio : en 2023, il représente 49% du chiffre d'affaires des magasins bio avec les “Sans EAN” compris (Bio Analytics Good), en hausse par rapport aux années précédentes. Pour que ce rayon joue tout son rôle dans la dynamique des magasins bio, l’origine locale des fruits et légumes est un élément essentiel ainsi que l’accessibilité en termes de prix (promos, etc…).

None

Des pommes en magasin bio moins chères que le conventionnel en GMS

None

Exemple de désherbage mécanique en bio

Un surcoût des fruits bio qui s’explique

L’un des premier freins à consommer des fruits biologiques est le prix d’achat. Ce surcoût par rapport aux fruits conventionnels s’explique notamment par des facteurs techniques. Par exemple, les engrais de synthèse issus de la pétrochimie sont interdits en agriculture biologique ; donc on utilise des fertilisants organiques qui nécessitent une étape de minéralisation dont l'efficacité impact le rendement final.

Contrairement aux autres cultures, les cultures pérennes ne permettent pas de jouer sur le levier de la rotation pour lutter contre les ravageurs, donc on utilise en bio des méthodes prophylactiques, des solutions biologiques (ex : confusions sexuelles), qui sont moins efficaces que les pesticides de synthèse utilisés en conventionnel. On peut aussi noter que les frais de main d'œuvre sont plus élevés en agriculture biologique, pour le désherbage ou l’éclaircissage par exemple. Le coût de revient de la production de fruits bio présente donc un surcoût par rapport aux conventionnels, mais ce surcoût doit être relativisé par rapport au coût annuel de dépollution des pesticides de synthèse dans l’eau !

Développer des partenariats entre transformateurs et producteurs est essentiel

Dans les produits transformés, une part encore importante de certains fruits ne provient pas de France, notamment sur les fruits rouges. Dans un souci de relocalisation et de cohérence, les transformateurs manifestent de plus en plus l’intérêt de s’approvisionner localement, y compris sur les fruits, mais ils se heurtent souvent à des prix trop élevés. 

None

Deux purées de fruits de pomme bio ; deux couleurs.

Certaines filières sont plus faciles : sur la pomme, l’origine France est assez facile mais les critères des transformateurs ne correspondent pas toujours à l’offre des producteurs (ex : la pomme bicolore vendue en frais rend la compote marron alors que les consommateurs préfèrent une compote claire nécessitant de la Golden, mais avec une conduite en bio plus difficile).

Face à ces problématiques, des leviers et pistes d’actions ont été mis en avant par les opérateurs lors de la rencontre professionnelle sur la filière fruits bio du 30 novembre organisée par le Cluster Bio Auvergne-Rhône-Alpes : 

- Mieux valoriser les écarts en anticipant, massifiant les volumes entre producteurs et en facilitant la mise en réseau pour une mise en oeuvre rapide

- Développer des parcelles dédiées pour l’industrie avec un itinéraire technique adapté moins coûteux à définir avec l’acheteur dans une dynamique de partenariat, tout en conservant une mixité frais/transformé sur les exploitations pour être résilient.

Alors que dans le premier cas les opérateurs sont souvent insatisfaits (le producteur est déçu du prix d’achat par rapport à ce qu’il espérait en frais, et le transformateur est déçu de la qualité, du conditionnement et de cette relation à court terme), la deuxième possibilité est beaucoup plus satisfaisante pour tout le monde.

Le Mas de l’Armandine a relocalisé une partie de ses approvisionnement en fraise bio France

Depuis 2022, le Mas de l’Armandine travaille en partenariat avec un producteur de fraises bio dans le Sud-Ouest de la France pour une production spécifique à leur besoin.

Nous avons travaillé le cahier des charges avec eux et l’itinéraire technique (durée d’implantation, logistique, variétal) afin de faire des économies sur certains coûts et ainsi obtenir un prix cible qui convient à tout le monde” explique Erwan Le Capitaine.

None
Local, praticité et bienfaits  : 3 tendances sur les fruits bio transformés

Depuis 2017, les produits frais découpés ont doublé leur vente, et les fruits représentent les deux tiers du marché avec en tête l’ananas, pastèques et melons. (Source : LSA)
La plupart de ces produits sont simplement découpés et emballés sous plastique, avec des “innovations” sur les formats (grammage) et les mélanges. Le label bio est peu représenté dans cette gamme, d’ailleurs génératrice de déchets ; mais il faut retenir ce besoin de praticité des consommateurs. En bio, une entreprise propose des doses de fruits lyophilisés à réhydrater pour satisfaire sa quantité de fruits journalières et profiter des bienfaits et des fibres absents des jus de fruits. Les compotes individuelles ou grand format (notamment en magasin bio) sont également tendances.

None
None
None

En bio, la localité se doit d’être mise en avant avec des “Fruits de France” ou encore  “100% fruits des vergers bio d’Auvergne Rhône Alpes”. Sur des produits pas ou peu transformés (purée, compote, jus…) c'est une valeur ajoutée qui a son importance et qui doit être revendiquée. Les consommateurs sont de plus en plus nombreux à privilégier le local, parfois au détriment du label bio. Il est pourtant indissociable que le local soit bio et de saison !  En effet, 67% du bilan carbone produit vient de son mode de production, le transport ne représentant que 19%.(Source : FNAB) Le bio reste donc toujours un choix prioritaire.

Et oui, les fruits ont de nombreux bénéfices pour la santé avec des bonnes vitamines et des fibres, autant de ne pas se priver et de le rappeler sur les emballages, par exemple avec des dénominations pleines de pep’s comme “vitalité”, “matin tonique”, …

Auvergne-Rhône-Alpes : 4ème productrice de fruits bio

A l’échelle nationale, la région Auvergne-Rhône-Alpes est un bassin de production de fruits important. Il s’agit de la 4e région française en termes de surfaces fruitières bio cultivées et en nombre d’exploitations fruitières bio. La région est particulièrement bien positionnée sur les productions de petits fruits (baies) et sur les fruits à coque, et dans une moindre mesure en fruits à noyaux et olives. La Drôme, l’Ardèche et l’Isère sont les départements avec le plus de surfaces fruitières biologiques. Cette filière connaît un fort développement (surfaces cultivées en progression de + 8% par an en moyenne depuis 2012), malgré un ralentissement de la dynamique entre 2021 et 2022 (+ 4%).

Découvrez tous les chiffres de la filière fruit bio en AuRa en cliquant ici.


Retrouvez toutes les ressources sur la filière fruits bio dans votre espace membre, notamment la présentation et le replay de la rencontre organisée par le Cluster Bio Auvergne-Rhône-Alpes en 2023.

None

Justine Dragon

Chargée de projets développement des entreprises (Innovation - RSE - Financement)